Pourquoi le canard ?

 
 

Ce canard est du à Vaucanson (1709-1782).
Enfant, Vaucanson s'ennuie alors, pour s'occuper, il entreprend de reproduire les mécanismes d’une grande horloge à l’aide de morceaux de bois et d’un canif. Et son horloge fonctionne.
Par la suite, Vaucanson est l’auteur de nombreux automates, musiciens notamment. Il participe au perfectionnement des métiers à tisser la soie des ateliers lyonnais et s’y fait quelques ennemis parmi les ouvriers, inquiets vis-à-vis de la mécanisation. Piqué, il répond, impertinent, qu’il pourrait faire faire ce travail à un âne. Il réalise alors un métier à tisser fonctionnel et piloté par cet équidé « de basse extraction ».
Son chef d’œuvre reste le canard de Vaucanson, souvent appelé « canard digérateur ». C’est un chef d’œuvre, puis qu’il bat des ailes, puisqu’il cancane, puisqu’il nage, mais il est surtout resté célèbre pour sa capacité à, littéralement, faire de la merde. Ce concept devrait inviter tout créateur à réfléchir sur sa pratique.

On peut voir une continuité entre le travail de Vaucanson sur les automates et nos multiples usages quotidiens des machines et autres objets connectés. Les potentialités de certaines machines ou certaines « applis », nous invitent parfois ouvertement à une forme de paresse intellectuelle. A en croire certains slogans de grands groupes de l’Internet, il semble préférable qu’on nous aide à penser et il semble qu’il soit interdit de s’ennuyer. Merde, revendiquons notre droit à l’ennui et, comme l’enfant Vaucanson, nous chasserons l’ennui en créant quelque chose, en autodidactes, avec notre tête et nos mains.
Mais nous n’allons pas nous passer de la fascinante possibilité des outils du XXIe siècle et vivre dans le passé, comme on vivrait à la bougie à l’heure de l’ampoule électrique. Mais, il nous faut comprendre et intégrer chaque « révolution » technologique si nous ne voulons pas nous retrouver à produire la même matière que l’infortuné canard de Vaucanson.

Le canard, parlons-en. Il a les plumes imperméables et les outrages de la météo ne l’atteignent pas. Aussi à l’aise sur terre, sur l’eau que dans l’air, son potentiel est impressionnant, mais il reste humble. De l’intérieur de mes oreilles, j’entends ma voix comme un coin-coin. Il m’a semblé intéressant de prendre le canard pour emblème. Moins frime qu’un tigre et plus libre qu’un coq.

Coin coin !